Page:Maupassant - Mont-Oriol, 1887.djvu/65

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Andermatt aimait d’ailleurs les bibelots d’art, car il avait l’esprit très fin, les connaissait à merveille, et les collectionnait habilement avec ce flair de limier qu’il apportait à toutes les transactions commerciales.

Ils étaient arrivés devant une maison d’aspect bourgeois. Gontran l’arrêta et lui dit : « C’est ici. »

Un marteau de fer pendait sur une lourde porte de chêne ; ils frappèrent, et une maigre servante vint ouvrir.

Le banquier demanda :

— Monsieur Oriol ?

La femme dit :

— Entrez.

Ils entrèrent dans une cuisine, une vaste cuisine de ferme où brûlait encore un petit feu sous une marmite ; puis on les fit passer dans une autre pièce où la famille Oriol était réunie. Le père dormait, le dos sur une chaise, les pieds sur une autre. Le fils, les deux coudes sur la table, lisait Le Petit Journal avec une attention violente d’esprit faible toujours échappé, et les deux filles, dans l’embrasure de la fenêtre, travaillaient à la même tapisserie commencée par les deux bouts.

Elles se dressèrent les premières, d’un seul mouvement, stupéfaites de cette visite imprévue ; puis le grand Jacques leva la tête, une tête congestionnée par l’effort du cerveau ; puis enfin le père Oriol se réveilla et rappela à lui, l’une après l’autre, ses longues jambes étendues sur la seconde chaise.