Page:Maupassant - Phoques et baleines, paru dans Gil Blas, 9 février 1882.djvu/7

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tement comme si elle eût été taillée par l’homme, la configuration de l’île de Corse. Sous nous, l’eau profonde, où pénétrait une lumière plus vive venant du dehors par l’entrée sur la pleine mer, une lumière de fond comparable à un rayon électrique, était tantôt rouge, tantôt azurée, tantôt violette, tantôt rose comme un pâle corail.

Des centaines de colombes s’envolant à notre approche, s’enfuyaient par le trou qui traversait la côte, et on voyait leur ombre monter, tournoyer, sur le petit morceau de ciel aperçu du fond de cette chambrée.

À droite, à hauteur d’homme au-dessus de la barque, s’ouvrait une excavation où les marins m’engagèrent à grimper pour contempler toute la grotte en me plaçant au fond, J’obéis ; mais à peine eus-je mis le pied sur le rocher qu’une grosse pierre, lancée comme une catapulte, m’effleura la tête, et un grand bruit, un bruit de course, se fit devant moi, dans l’ombre impénétrable à l’œil. D’un bond je rentrai dans la barque, sans comprendre ce qui se passait, sans savoir quel être j’avais dérangé dans son refuge, quel ennemi m’avait jeté ce caillou.

Aussitôt les deux hommes s’écrièrent : « Le phoque ! le phoque ! » et ils se réfu-