Page:Maupassant - Styliana, paru dans Le Gaulois, 29 novembre 1881.djvu/4

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Qu’est-ce donc que le style ? dira-t-on. Au fond je n’en sais trop rien ; et je serais tenté de répondre encore à la façon de Molière : — « Pourquoi l’opium fait-il dormir ? — Quia habet virtutem dormitivam. » De même du style, malgré l’outrecuidance des grammairiens et professeurs qui nous enseignent les règles du bien écrire et qui prosifient eux-mêmes à la façon des cuisinières.

Or, ces jours derniers, une petite discussion sur ce sujet, ouverte dans un grand journal du matin, m’a paru fort instructive. Un ménage qui s’intitulait bas-breton, mais que j’appellerais plus volontiers bas-bleu, écrivit à M. Francisque Sarcey pour lui demander son avis sur le sens d’une phrase d’Alphonse Daudet. Après avoir bien flairé l’alinéa comme on flaire un poisson de fraîcheur douteuse, désarticulé la construction, grammaire en main, pesé chaque mot, etc., ledit ménage éprouva le besoin de soumettre le cas à un juge compétent et choisit M. Sarcey. L’éminent critique répondit en invoquant les privilèges du style moderne, qui ne ressemble plus à son frère classique ; le ménage riposta ; la querelle n’est pas