Page:Maupassant - Yvette.djvu/195

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Et ils entrèrent tous deux dans le logis, suivis de la femme et des enfants. Le rôdeur s’assit et se mit à manger, la tête baissée sous tous les regards.

La mère, debout, le dévisageait ; les deux grandes filles, les Martin adossées à la porte, l’une portant le dernier enfant, plantaient sur lui leurs yeux avides, et les deux mioches, assis dans les cendres de la cheminée, avaient cessé de jouer avec la marmite noire, comme pour contempler aussi cet étranger.

Lévesque, ayant pris une chaise, lui demanda :

— Alors vous v’nez de loin ?

— J’viens d’Cette.

— À pied, comme ça ?…

— Oui, à pied. Quand on n’a pas les moyens, faut ben.

— Ousque vous allez donc ?

— J’allais t’ici.

— Vous y connaissez quéqu’un ?

— Ça se peut ben.

Ils se turent. Il mangeait lentement, bien qu’il fût affamé, et il buvait une gorgée de cidre après chaque bouchée de pain. Il avait un visage usé, ridé, creux partout, et semblait avoir beaucoup souffert.