Page:Maupassant - Yvette.djvu/199

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que j’y sieus né, et qu’elle a des papiers chez le notaire.

La Martin pleurait toujours, par petits sanglots cachés dans la toile bleue du tablier. Les deux grandes fillettes s’étaient rapprochées et regardèrent leur père avec inquiétude.

Il avait fini de manger. Il dit à son tour :

— Qué que j’allons fé ?

Lévesque eut une idée :

— Faut aller chez l’curé, i’décidera.

Martin se leva, et comme il s’avançait vers sa femme, elle se jeta sur sa poitrine en sanglotant :

— Mon homme ! te v’là ! Martin, mon pauvre Martin, te v’là !

Et elle le tenait à pleins bras, traversée brusquement par un souffle d’autrefois, par une grande secousse de souvenirs qui lui rappelaient ses vingt ans et ses premières étreintes.

Martin, ému lui-même, l’embrassait sur son bonnet. Les deux enfants, dans la cheminée, se mirent à hurler ensemble en entendant pleurer leur mère, et le dernier-né, dans les bras de la seconde des Martin, clama d’une voix aiguë comme un fifre faux.

Lévesque, debout, attendait :