Page:Maupassant - Yvette.djvu/22

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entrer par une union dans aucune de ces classes de la société.

Elle appartient par sa mère, par sa naissance, par son éducation, par son hérédité, par ses manières, par ses habitudes, à la prostitution dorée.

Elle ne peut lui échapper, à moins de se faire religieuse, ce qui n’est guère probable, étant donnés ses manières et ses goûts. Elle n’a donc qu’une profession possible : l’amour. Elle y viendra, à moins qu’elle ne l’exerce déjà. Elle ne saurait fuir sa destinée. De jeune fille elle deviendra fille, tout simplement. Et je voudrais bien être le pivot de cette transformation.

J’attends. Les amateurs sont nombreux. Tu verras là un Français, M. de Belvigne ; un Russe, appelé le prince Kravalow, et un Italien, le chevalier Valreali, qui ont posé nettement leurs candidatures et qui manœuvrent en conséquence. Nous comptons, en outre, autour d’elle, beaucoup de maraudeurs de moindre importance.

La marquise guette. Mais je crois qu’elle a des vues sur moi. Elle me sait fort riche et elle possède moins les autres.

Son salon est d’ailleurs le plus étonnant que je connaisse dans ce genre d’expositions. On y rencontre même des hommes fort bien, puisque