Page:Maupassant - Yvette.djvu/246

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monotonie des mêmes actes, des mêmes faits, et des mêmes pensées.

Autrefois il regardait sa moustache blonde et ses cheveux bouclés dans la petite glace ronde laissée par son prédécesseur. Il contemplait maintenant, chaque soir, avant de partir, sa moustache blanche et son front chauve dans la même glace. Quarante ans s’étaient écoulés, longs et rapides, vides comme un jour de tristesse, et pareils comme les heures d’une mauvaise nuit ! Quarante ans dont il ne restait rien, pas même un souvenir, pas même un malheur, depuis la mort de ses parents. Rien.


Ce jour-là, M. Leras demeura ébloui, sur la porte de la rue, par l’éclat du soleil couchant ; et, au lieu de rentrer chez lui, il eut l’idée de faire un petit tour avant dîner, ce qui lui arrivait quatre ou cinq fois par an.

Il gagna les boulevards où coulait un flot de monde sous les arbres reverdis. C’était un soir de printemps, un de ces premiers soirs chauds et mous qui troublent les cœurs d’une ivresse de vie.

M. Leras allait de son pas sautillant de vieux ;