Page:Maupassant - Yvette.djvu/250

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Il ne répondit point. Elle reprit :

— Laisse-toi aimer, mon chéri ; tu verras que je suis bien gentille.

Il prononça :

— Vous vous trompez, madame.

Elle passa un bras sous le sien :

— Allons, ne fais pas la bête, écoute…

Il s’était levé, et il s’éloigna, le cœur serré.

Cent pas plus loin, une autre femme l’abordait :

— Voulez-vous vous asseoir un moment près de moi, mon joli garçon ?

Il lui dit :

— Pourquoi faites-vous ce métier-là ?

Elle se planta devant lui, et la voix changée, rauque, méchante :

— Nom de Dieu, ce n’est toujours pas pour mon plaisir.

Il insista d’une voix douce :

— Alors, qu’est-ce qui vous pousse ?

Elle grogna :

— Faut bien qu’on vive, c’te malice.

Et elle s’en alla en chantonnant.

M. Leras demeurait effaré. D’autres femmes passaient près de lui, l’appelaient, l’invitaient.

Il lui semblait que quelque chose de noir s’étendait sur sa tête, quelque chose de navrant.