Page:Maupassant - Yvette.djvu/284

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Puis le garde nous rejoignit. Je vis, du premier coup, qu’il n’avait pas sa figure ordinaire. Il semblait préoccupé, mal à l’aise, inquiet.

Je lui dis :

— Eh bien, Cavalier ? Tout marche-t-il selon votre désir ?

Il murmura :

— Y a du oui et y a du non. Y a bien de quoi qui ne me va guère.

Je demandai :

— Qu’est-ce que c’est donc, mon brave ? Contez-moi ça.

Mais il hochait la tête :

— Non, pas encore, monsieur. Je ne veux point vous éluger comme ça à l’arrivée, avec mes tracasseries.

J’insistai ; mais il refusa absolument de me mettre au courant avant le dîner. À sa tête, cependant, je comprenais que c’était grave.

Ne sachant plus quoi lui dire, je prononçai :

— Et ce gibier ? En avons-nous ?

— Oh ! pour du gibier, oui, y en a, y en a ! Vous en trouverez à volonté. Grâce à Dieu, j’ai eu l’œil.

Il disait cela avec tant de gravité, avec une gravité si désolée qu’elle devenait comique. Ses