Page:Maupassant - Yvette.djvu/309

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Elle avait seize ans maintenant et j’ai rarement vu pareille perfection de formes, pareille souplesse et pareille régularité de traits. J’ai dit une Vénus, oui, une Vénus, blonde, grasse, vigoureuse, avec des grands yeux clairs et vides, bleus comme la fleur du lin, et une large bouche aux lèvres rondes, une bouche de gourmande, de sensuelle, une bouche à baisers.

Or, un matin, son père entra chez moi avec une figure singulière et, s’étant assis, sans même répondre à mon bonjour :

— « J’ai à vous parler d’une chose fort grave, dit-il… Est-ce qu’on… est-ce qu’on pourrait marier Berthe ? »

J’eus un sursaut d’étonnement, et je m’écriai : « Marier Berthe ?… mais c’est impossible ! »

Il reprit : « Oui… je sais… mais réfléchissez… docteur… c’est que… peut-être… nous avons espéré… si elle avait des enfants… ce serait pour elle une grande secousse, un grand bonheur et… qui sait si son esprit ne s’éveillerait pas dans la maternité ?… »

Je demeurai fort perplexe. C’était juste. Il se pourrait que cette chose si nouvelle, que cet admirable instinct des mères qui palpite au cœur des bêtes comme au cœur des femmes,