Page:Maupassant Bel-ami.djvu/108

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On alluma des cigarettes, et Forestier, tout à coup, se mit à tousser.

Ce fut une quinte terrible qui lui déchirait la gorge ; et, la face rouge, le front en sueur, il étouffait dans sa serviette. Lorsque la crise fut calmée, il grogna, d’un air furieux : — Ça ne me vaut rien, ces parties-là : c’est stupide. —  Toute sa bonne humeur avait disparu dans la terreur du mal qui hantait sa pensée.

— Rentrons chez nous, dit-il.

Mme de Marelle sonna le garçon et demanda l’addition. On la lui apporta presque aussitôt. Elle essaya de la lire, mais les chiffres tournaient devant ses yeux, et elle passa le papier à Duroy : — Tenez, payez pour moi, je n’y vois plus, je suis trop grise.

Et elle lui jeta en même temps sa bourse dans les mains.

Le total montait à cent trente francs. Duroy contrôla et vérifia la note, puis donna deux billets, et reprit la monnaie, en demandant, à mi-voix : — Combien faut-il laisser aux garçons ?

— Ce que vous voudrez, je ne sais pas.

Il mit cinq francs sur l’assiette, puis rendit la bourse à la jeune femme, en lui disant :

— Voulez-vous que je vous reconduise à votre porte ?

— Mais certainement. Je suis incapable de retrouver mon adresse.

On serra les mains des Forestier, et Duroy se trouva seul avec Mme de Marelle dans un fiacre qui roulait.

Il la sentait contre lui, si près, enfermée avec lui dans cette boîte noire, qu’éclairaient brusquement, pendant un instant, les becs de gaz des trottoirs. Il sentait, à travers sa manche, la chaleur de son épaule, et il ne trouvait rien à lui dire, absolument rien, ayant l’esprit