Page:Maupassant Bel-ami.djvu/120

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les nôtres. J’ai loué pour trois mois, à ton nom, bien entendu, puisque je ne pouvais donner le mien.

Alors il demanda :

— Tu me diras quand il faudra payer ?

Elle répondit simplement : — Mais c’est payé, mon chéri !

Il reprit : — Alors, c’est à toi que je le dois ?

— Mais non, mon chat, ça ne te regarde pas, c’est moi qui veux faire cette petite folie.

Il eut l’air de se fâcher : Ah ! mais non, par exemple. Je ne le permettrai point.

Elle vint à lui suppliante, et, posant les mains sur ses épaules : — Je t’en prie, Georges, ça me fera tant de plaisir, tant de plaisir que ce soit à moi, notre nid, rien qu’à moi ! Ça ne peut pas te froisser ? En quoi ? Je voudrais apporter ça dans notre amour. Dis que tu veux bien, mon petit Géo, dis que tu veux bien ?… —  Elle l’implorait du regard, de la lèvre, de tout son être.

Il se fit prier, refusant avec des mines irritées, puis il céda, trouvant cela juste, au fond.

Et quand elle fut partie, il murmura, en se frottant les mains et sans chercher dans les replis de son cœur d’où lui venait, ce jour-là, cette opinion : « Elle est gentille, tout de même. »

Il reçut quelques jours plus tard un autre petit bleu qui lui disait : « Mon mari arrive ce soir, après six semaines d’inspection. Nous aurons donc relâche huit jours. Quelle corvée, mon chéri !

« Ta Clo. »

Duroy demeura stupéfait. Il ne songeait vraiment plus qu’elle était mariée. En voilà un homme dont il aurait voulu voir la tête, rien qu’une fois, pour le connaître.