Page:Maupassant Bel-ami.djvu/143

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l’espoir d’y trouver Rachel. Il l’aperçut, en effet, dès l’entrée, car elle ne quittait guère cet établissement.

Il alla vers elle souriant, la main tendue. Mais elle le toisa de la tête aux pieds : — Qu’est-ce que vous me voulez ?

Il essaya de rire : — Allons, ne fais pas ta poire.

Elle lui tourna les talons en déclarant : — Je ne fréquente pas les dos verts.

Elle avait cherché la plus grossière injure. Il sentit le sang lui empourprer la face, et il rentra seul.

Forestier, malade, affaibli, toussant toujours, lui faisait, au journal, une existence pénible, semblait se creuser l’esprit pour lui trouver des corvées ennuyeuses. Un jour même, dans un moment d’irritation nerveuse, et après une longue quinte d’étouffement, comme Duroy ne lui apportait point un renseignement demandé, il grogna : — Cristi, tu es plus bête que je n’aurais cru.

L’autre faillit le gifler, mais il se contint et s’en alla en murmurant : « Toi, je te rattraperai. » Une pensée rapide lui traversa l’esprit, et il ajouta : « Je vas te faire cocu, mon vieux. » Et il s’en alla en se frottant les mains, réjoui par ce projet.

Il voulut, dès le jour suivant, en commencer l’exécution. Il fit à Mme Forestier une visite en éclaireur.

Il la trouva qui lisait un livre, étendue tout au long sur un canapé.

Elle lui tendit la main, sans bouger, tournant seulement la tête, et elle dit : — Bonjour, Bel-Ami. — Il eut la sensation d’un soufflet reçu : — Pourquoi m’appelez-vous ainsi ?

Elle répondit en souriant : — J’ai vu Mme de Marelle l’autre semaine, et j’ai su comment on vous avait baptisé chez elle.