Page:Maupassant Bel-ami.djvu/146

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Elle sentit la sincérité de la pensée dans la voix, et elle donna ses mains.

Il les baisa, l’une après l’autre, puis il dit simplement en relevant la tête : — Cristi, si j’avais trouvé une femme comme vous, avec quel bonheur je l’aurais épousée !

Elle fut touchée, cette fois, caressée par cette phrase comme les femmes le sont par les compliments qui trouvent leur cœur, et elle lui jeta un de ces regards rapides et reconnaissants qui nous font leurs esclaves.

Puis, comme il ne trouvait pas de transition pour reprendre la conversation, elle prononça, d’une voix douce, en posant un doigt sur son bras :

— Et je vais commencer tout de suite mon métier d’amie. Vous êtes maladroit, mon cher…

Elle hésita, et demanda : — Puis-je parler librement ?

— Oui.

— Tout à fait ?

— Tout à fait.

— Eh bien ! allez donc voir Mme Walter, qui vous apprécie beaucoup, et plaisez-lui. Vous trouverez à placer par là vos compliments, bien qu’elle soit honnête, entendez-moi bien, tout à fait honnête. Oh ! pas d’espoir de… de maraudage non plus de ce côté. Vous y pourrez trouver mieux, en vous faisant bien voir. Je sais que vous occupez encore dans le journal une place inférieure. Mais ne craignez rien, ils reçoivent tous leurs rédacteurs avec la même bienveillance. Allez-y croyez-moi.

Il dit, en souriant : — Merci, vous êtes un ange… un ange gardien. — Puis ils parlèrent de choses et d’autres.

Il resta longtemps, voulant prouver qu’il avait plaisir à se trouver près d’elle ; et, en la quittant, il demanda encore :

— C’est entendu, nous sommes des amis ?

— C’est entendu.