Page:Maupassant Bel-ami.djvu/176

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Marelle, il se sentit étrangement troublé, non pas qu’il lui répugnât de prendre la main de ce mari, de boire son vin et de manger son pain, mais il avait peur de quelque chose, sans savoir de quoi.

On le fit entrer dans le salon, et il attendit, comme toujours. Puis la porte de la chambre s’ouvrit, et il aperçut un grand homme à barbe blanche, décoré, grave et correct, qui vint à lui avec une politesse minutieuse : — Ma femme m’a souvent parlé de vous, monsieur, et je suis charmé de faire votre connaissance.

Duroy s’avança en tâchant de donner à sa physionomie un air de cordialité expressive et il serra avec une énergie exagérée la main tendue de son hôte. Puis, s’étant assis, il ne trouva rien à lui dire.

M. de Marelle remit un morceau de bois au feu, et demanda : — Voici longtemps que vous vous occupez de journalisme ?

Duroy répondit : — Depuis quelques mois seulement.

— Ah ! vous avez marché vite.

— Oui, assez vite ; — et il se mit à parler au hasard, sans trop songer à ce qu’il disait, débitant toutes les banalités en usage entre gens qui ne se connaissent