Page:Maupassant Bel-ami.djvu/196

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Gastine-Renette. Il les a chargés lui-même. La boîte est cachetée. On les tirera au sort, d’ailleurs, avec ceux de notre adversaire.

Duroy répondit machinalement :

— Je vous remercie.

Alors Rival lui fit des recommandations minutieuses, car il tenait à ce que son client ne commît aucune erreur. Il insistait sur chaque point plusieurs fois : — Quand on demandera : — Êtes-vous prêts, messieurs ? vous répondrez d’une voix forte : Oui !

« Quand on commandera « Feu !» vous élèverez vivement le bras, et vous tirerez avant qu’on ait prononcé trois. »

Et Duroy se répétait mentalement : — Quand on commandera feu, j’élèverai le bras, — quand on commandera feu, j’élèverai le bras, — quand on commandera feu, j’élèverai le bras.

Il apprenait cela comme les enfants apprennent leurs leçons, en le murmurant à satiété pour se le bien graver dans la tête. — Quand on commandera feu, j’élèverai le bras.

Le landau entra sous un bois, tourna à droite dans une avenue, puis encore à droite. Rival, brusquement, ouvrit la portière pour crier au cocher : « Là, par ce petit chemin. » Et la voiture s’engagea dans une route à ornières entre deux taillis où tremblotaient des feuilles mortes bordées d’un liséré de glace.

Duroy marmottait toujours :

— Quand on commandera feu, j’élèverai le bras. —  Et il pensa qu’un accident de voiture arrangerait tout. Oh ! si on pouvait verser, quelle chance ! s’il pouvait se casser une jambe !…

Mais il aperçut au bout d’une clairière une autre voi-