Page:Maupassant Bel-ami.djvu/21

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— Mais certainement que je veux bien.

— Alors, fais une chose, viens dîner chez moi demain ; j’ai cinq ou six personnes seulement, le patron, M. Walter, sa femme, Jacques Rival et Norbert de Varenne, que tu viens de voir, plus une amie de Mme Forestier. Est-ce entendu ?

Duroy hésitait, rougissant, perplexe. Il murmura enfin :

— C’est que… je n’ai pas de tenue convenable.

Forestier fut stupéfait : — Tu n’as pas d’habit ? Bigre ! en voilà une chose indispensable pourtant. À Paris, vois-tu, il vaudrait mieux n’avoir pas de lit que pas d’habit.

Puis, tout à coup, fouillant dans la poche de son gilet, il en tira une pincée d’or, prit deux louis, les posa devant son ancien camarade, et, d’un ton cordial et familier : — Tu me rendras ça quand tu pourras. Loue ou achète au mois, en donnant un acompte, les vêtements qu’il te faut ; enfin arrange-toi, mais viens dîner à la maison, demain, sept heures et demie, 17, rue Fontaine.

Duroy, troublé, ramassait l’argent en balbutiant : — Tu es trop aimable, je te remercie bien, sois certain que je n’oublierai pas…

L’autre l’interrompit : — Allons, c’est bon. Encore un bock, n’est-ce pas ? — Et il cria : — Garçon, deux bocks !

Puis, quand ils les eurent bus, le journaliste demanda : — Veux-tu flâner un peu, pendant une heure ?

— Mais certainement.

Et ils se remirent en marche vers la Madeleine.

— Qu’est-ce que nous ferions bien ? demanda Forestier. On prétend qu’à Paris un flâneur peut toujours s’occuper ; ça n’est pas vrai. Moi, quand je veux flâner, le soir, je ne sais jamais où aller. Un tour au Bois n’est