Page:Maupassant Bel-ami.djvu/237

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— Ils sont… ils sont petits rentiers.

— Ah ! J’ai un grand désir de les connaître.

Il hésita, fort perplexe : — Mais… c’est que, ils sont…

Puis il prit son parti en homme vraiment fort : — Ma chère amie, ce sont des paysans, des cabaretiers qui se sont saignés aux quatre membres pour me faire faire des études. Moi, je ne rougis pas d’eux, mais leur… simplicité… leur… rusticité pourrait peut-être vous gêner.

Elle souriait délicieusement, le visage illuminé d’une bonté douce.

— Non. Je les aimerai beaucoup. Nous irons les voir. Je le veux. Je vous reparlerai de ça. Moi aussi je suis fille de petites gens… mais je les ai perdus, moi, mes parents. Je n’ai plus personne au monde… — elle lui tendit la main et ajouta… — que vous.

Et il se sentit attendri, remué, conquis comme il ne l’avait encore été par aucune femme.

— J’ai pensé à quelque chose, dit-elle, mais c’est assez difficile à expliquer.

Il demanda : — Quoi donc ?

— Eh bien, voilà, mon cher, je suis comme toutes les femmes, j’ai mes… mes faiblesses, mes petitesses, j’aime ce qui brille, ce qui sonne. J’aurais adoré porter un nom noble. Est-ce que vous ne pourriez pas, à l’occasion de notre mariage, vous… vous anoblir un peu ?

Elle avait rougi, à son tour, comme si elle lui eût proposé une indélicatesse.

Il répondit simplement : — J’y ai bien souvent songé, mais cela ne me paraît pas facile.

— Pourquoi donc ?

Il se mit à rire : — Parce que j’ai peur de me rendre ridicule.

Elle haussa les épaules : — Mais pas du tout, pas du