Page:Maupassant Bel-ami.djvu/258

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crainte inquiète, jointe à une sorte d’approbation satisfaite chez le père, à une inimitié jalouse chez la mère.

L’homme, qui était d’un naturel joyeux, tout imbibé par une gaieté de cidre doux et d’alcool, s’enhardit et demanda, avec une malice au coin de l’œil :

— J’pouvons-ti l’embrasser tout d’même ?

Le fils répondit : — Parbleu. — Et Madeleine, mal à l’aise, tendit ses deux joues aux bécots sonores du paysan qui s’essuya ensuite les lèvres d’un revers de main.

La vieille, à son tour, baisa sa belle-fille avec une réserve hostile. Non, ce n’était point la bru de ses rêves, la grosse et fraîche fermière, rouge comme une pomme et ronde comme une jument poulinière. Elle avait l’air d’une traînée, cette dame-là, avec ses falbalas et son musc. Car tous les parfums, pour la vieille, étaient du musc.

Et on se remit en marche à la suite du fiacre qui portait la malle des nouveaux époux.

Le vieux prit son fils par le bras, et le retenant en arrière, il demanda avec intérêt :

— Eh ben, ça va-t-il, les affaires ?

— Mais oui, très bien.

— Allons suffit, tant mieux ! Dis-mé, ta femme, est-i aisée ?

Georges répondit : — Quarante mille francs.

Le père poussa un léger sifflement d’admiration et ne put que murmurer : — Bougre ! — tant il fut ému par la somme. Puis il ajouta avec une conviction sérieuse : — Nom d’un nom, c’est une belle femme. — Car il la trouvait de son goût, lui. Et il avait passé pour connaisseur, dans le temps.

Madeleine et la mère marchaient côte à côte, sans dire un mot. Les deux hommes les rejoignirent.

On arrivait au village, un petit village en bordure sur