Page:Maupassant Bel-ami.djvu/289

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face : — Tu sais, que tu as inspiré une passion à Mme Walter ?

Il répondit incrédule : — Allons donc !

— Mais oui, je te l’affirme, elle m’a parlé de toi avec un enthousiasme fou. C’est si singulier de sa part ! Elle voudrait trouver deux maris comme toi pour ses filles !… Heureusement qu’avec elle ces choses-là sont sans importance.

Il ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire : — Comment, sans importance ?

Elle répondit, avec une conviction de femme sûre de son jugement : — Oh ! Mme Walter est une de celles dont on n’a jamais rien murmuré, mais tu sais, là, jamais, jamais. Elle est inattaquable sous tous les rapports. Son mari, tu le connais comme moi. Mais elle, c’est autre chose. Elle a d’ailleurs assez souffert d’avoir épousé un juif, mais elle lui est restée fidèle. C’est une honnête femme.

Du Roy fut surpris : — Je la croyais juive aussi.

— Elle ? pas du tout. Elle est dame patronnesse de toutes les bonnes œuvres de la Madeleine. Elle est même mariée religieusement. Je ne sais plus s’il y a eu un simulacre de baptême du patron, ou bien si l’Église a fermé les yeux.

Georges murmura : — Ah !… alors… elle… me gobe ?…

— Positivement, et complètement. Si tu n’étais pas engagé, je te conseillerais de demander la main de… de Suzanne, n’est-ce pas, plutôt que celle de Rose ?

Il répondit, en frisant sa moustache : — Eh ! la mère n’est pas encore piquée des vers.

Mais Madeleine s’impatienta :

— Tu sais, mon petit, la mère, je te la souhaite. Mais je n’ai pas peur. Ce n’est point à son âge qu’on