Page:Maupassant Bel-ami.djvu/311

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Alors dites-moi où je vous rencontrerai… dans la rue… n’importe où… à l’heure que vous voudrez… pourvu que je vous voie… Je vous saluerai… Je vous dirai : « Je vous aime », et je m’en irai.

Elle hésitait, éperdue. Et comme le coupé passait la porte de son hôtel, elle murmura très vite : — Eh bien, j’entrerai à la Trinité, demain, à trois heures et demie.

Puis, étant descendue, elle cria à son cocher :

— Reconduisez M. Du Roy chez lui.

Comme il rentrait, sa femme lui demanda : — Où étais-tu donc passé ?

Il répondit, à voix basse : — J’ai été jusqu’au télégraphe pour une dépêche pressée.

Mme de Marelle s’approchait : — Vous me reconduisez, Bel-Ami, vous savez que je ne viens dîner si loin qu’à cette condition ?

Puis se tournant vers Madeleine : — Tu n’es pas jalouse ?

Mme Du Roy répondit lentement :

— Non, pas trop.

Les convives s’en allaient. Mme Laroche Mathieu avait l’air d’une petite bonne de province. C’était la fille d’un notaire, épousée par Laroche qui n’était alors que médiocre avocat. Mme Rissolin, vieille et prétentieuse, donnait l’idée d’une ancienne sage-femme dont l’éducation se serait faite dans les cabinets de lecture. La vicomtesse de Percemur les regardait de haut. Sa « patte blanche » touchait avec répugnance ces mains communes.

Clotilde, enveloppée de dentelles, dit à Madeleine en franchissant la porte de l’escalier : — C’était parfait, ton dîner. Tu auras dans quelque temps le premier salon politique de Paris.

Dès qu’elle fut seule avec Georges, elle le serra dans