Page:Maupassant Bel-ami.djvu/335

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Mathieu et de recevoir ses instructions avant la séance, pour l’article politique du lendemain dans la Vie Française, cet article devant être une sorte de déclaration officieuse des projets réels du cabinet.

Madeleine disait : — Surtout n’oublie pas de lui demander si le général Belloncle est envoyé à Oran, comme il en était question. Cela aurait une grande signification.

Georges, nerveux, répondit : — Mais je sais aussi bien que toi ce que j’ai à faire. Fiche-moi la paix avec tes rabâchages.

Elle reprit tranquillement : — Mon cher, tu oublies toujours la moitié des commissions dont je te charge pour le ministre.

Il grogna : — Il m’embête, ton ministre, à la fin ! C’est un serin.

Elle dit avec calme : — Ce n’est pas plus mon ministre que le tien. Il t’est plus utile qu’à moi.

Il s’était tourné un peu vers elle en ricanant :

— Pardon, il ne me fait pas la cour, à moi.

Elle déclara, lentement : — À moi non plus, d’ailleurs ; mais il fait notre fortune.

Il se tut, puis, après quelques instants : — Si j’avais à choisir parmi tes adorateurs, j’aimerais encore mieux cette vieille ganache de Vaudrec. Qu’est-ce qu’il devient, celui-là ? je ne l’ai pas vu depuis huit jours.

Elle répliqua, sans s’émouvoir : — Il est souffrant, il m’a écrit qu’il gardait même le lit avec une attaque de goutte. Tu devrais passer prendre de ses nouvelles. Tu sais qu’il t’aime beaucoup, et cela lui ferait plaisir.

Georges répondit : — Oui, certainement, j’irai tantôt.

Il avait achevé sa toilette, et, son chapeau sur la tête, il cherchait s’il n’avait rien négligé. N’ayant rien trouvé, il s’approcha du lit, embrassa sa femme sur le