Page:Maupassant Bel-ami.djvu/345

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fois, je le sais. Mais tu avais eu deux enfants… je ne t’ai donc pas déflorée…

Elle recula : — Oh ! Georges, c’est indigne !…

Et portant ses deux mains à sa poitrine, elle commença à suffoquer, avec des sanglots qui lui montaient à la gorge.

Quand il vit les larmes arriver, il prit son chapeau sur le coin de la cheminée : — Ah ! tu vas pleurer ! Alors, bonsoir. C’est pour cette représentation-là que tu m’avais fait venir ?

Elle fit un pas afin de lui barrer la route et, tirant vivement un mouchoir de sa poche, s’essuya les yeux d’un geste brusque. Sa voix s’affermit sous l’effort de sa volonté, et elle dit, interrompue par un chevrotement de douleur :

— Non… je suis venue pour… pour te donner une nouvelle… une nouvelle politique… pour te donner le moyen de gagner cinquante mille francs… ou même plus… si tu veux.

Il demanda, adouci tout à coup : — Comment ça ? Qu’est-ce que tu veux dire ?

— J’ai surpris par hasard, hier soir, quelques mots de mon mari et de Laroche. Ils ne se cachaient pas beaucoup devant moi, d’ailleurs. Mais Walter recommandait au ministre de ne pas te mettre dans le secret parce que tu dévoilerais tout.

Du Roy avait reposé son chapeau sur une chaise. Il attendait, très attentif.

— Alors, qu’est-ce qu’il y a ?

— Ils vont s’emparer du Maroc !

— Allons donc. J’ai déjeuné avec Laroche qui m’a presque dicté les intentions du cabinet.

— Non, mon chéri, ils t’ont joué parce qu’ils ont peur qu’on connaisse leur combinaison.