Page:Maupassant Bel-ami.djvu/36

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Elle eut un sourire plus visible, plus bienveillant ; et elle murmura en baissant la voix : — Je sais.

Le timbre avait tinté de nouveau. Le valet annonça : — Madame de Marelle.

C’était une petite brune, de celles qu’on appelle des brunettes.

Elle entra d’une allure alerte ; elle semblait dessinée, moulée des pieds à la tête dans une robe sombre toute simple.

Seule une rose rouge, piquée dans ses cheveux noirs, attirait l’œil violemment, semblait marquer sa physionomie, accentuer son caractère spécial, lui donner la note vive et brusque qu’il fallait.

Une fillette en robe courte la suivait. Mme Forestier s’élança :

— Bonjour, Clotilde.

— Bonjour, Madeleine.

Elles s’embrassèrent. Puis l’enfant tendit son front avec une assurance de grande personne, en prononçant :

— Bonjour, cousine.

Mme Forestier la baisa ; puis fit les présentations :

— M. Georges Duroy, un bon camarade de Charles.

— Mme de Marelle, mon amie, un peu ma parente.

Elle ajouta : — Vous savez, nous sommes ici sans cérémonie, sans façon et sans pose. C’est entendu, n’est-ce pas ?

Le jeune homme s’inclina.

Mais la porte s’ouvrit de nouveau, et un petit gros monsieur, court et rond, parut, donnant le bras à une grande et belle femme, plus haute que lui, beaucoup plus jeune, de manières distinguées et d’allure grave. C’était M. Walter, député, financier, homme d’argent et d’affaires, juif et méridional, directeur de La Vie Française, et sa