Page:Maupassant Bel-ami.djvu/366

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


puis très longtemps… moi… parce que son premier testament, fait du vivant de Forestier, était déjà en ma faveur.

Georges s’était mis à marcher à grands pas. Il déclara :

— Tu ne peux pas accepter ça.

Elle répondit, avec indifférence :

— Parfaitement : alors, ce n’est pas la peine d’attendre à samedi ; nous pouvons faire prévenir tout de suite M. Lamaneur.

Il s’arrêta en face d’elle ; et ils demeurèrent de nouveau quelques instants les yeux dans les yeux, s’efforçant d’aller jusqu’à l’impénétrable secret de leurs cœurs, de se sonder jusqu’au vif de la pensée. Ils tâchaient de se voir à nu la conscience en une interrogation ardente et muette : lutte intime de deux êtres qui, vivant côte à côte, s’ignorent toujours, se soupçonnent, se flairent, se guettent, mais ne se connaissent pas jusqu’au fond vaseux de l’âme.

Et, brusquement, il lui murmura dans le visage, à voix basse :

— Allons, avoue que tu étais la maîtresse de Vaudrec.

Elle haussa les épaules : — Tu es stupide… Vaudrec avait beaucoup d’affection pour moi, beaucoup… mais rien de plus… jamais.

Il frappa du pied : — Tu mens. Ce n’est pas possible.

Elle répondit tranquillement : — C’est comme ça, pourtant.

Il se remit à marcher, puis, s’arrêtant encore : — Explique-moi, alors, pourquoi il te laisse toute sa fortune, à toi…

Elle le fit avec un air nonchalant et désintéressé : — C’est tout simple. Comme tu le disais tantôt, il n’avait que nous d’amis, ou plutôt que moi, car il m’a connue