Page:Maupassant Bel-ami.djvu/393

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Elle murmura : — Tant mieux ! si je pouvais mourir. — Elle lui prit une main, la baisa avec passion, avec rage, avec désespoir, et elle se sauva vers l’hôtel.

Il revint doucement, en réfléchissant. Puis il rentra dans la serre, le front hautain, la lèvre souriante.

Sa femme et Laroche n’étaient plus là. La foule diminuait. Il devenait évident qu’on ne resterait pas au bal. Il aperçut Suzanne qui tenait le bras de sa sœur. Elles vinrent vers lui toutes les deux pour lui demander de danser le premier quadrille avec le comte de Latour-Yvelin.

Il s’étonna.

— Qu’est-ce encore que celui-là ?

Suzanne répondit avec malice :

— C’est un nouvel ami de ma sœur.

Rose rougit et murmura :

— Tu es méchante, Suzette, ce monsieur n’est pas plus mon ami que le tien.

L’autre souriait : — Je m’entends.

Rose, fâchée, leur tourna le dos et s’éloigna.

Du Roy prit familièrement le coude de la jeune fille restée près de lui et de sa voix caressante : — Écoutez, ma chère petite, me croyez-vous bien votre ami ?

— Mais oui, Bel-Ami.

— Vous avez confiance en moi ?

— Tout à fait.

— Vous vous rappelez ce que je vous disais tantôt ?

— À propos de quoi ?

— À propos de votre mariage, ou plutôt de l’homme que vous épouserez.

— Oui.

— Eh bien ! voulez-vous me promettre une chose ?

— Oui, mais quoi ?

— C’est de me consulter toutes les fois qu’on deman-