Page:Maupassant Bel-ami.djvu/411

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Le commissaire s’approcha et appela : — Monsieur ?

L’homme couché ne remua pas. Il paraissait tourner le dos, la tête enfoncée sous un oreiller.

L’officier toucha ce qui semblait être l’épaule, et répéta : — Monsieur, ne me forcez pas, je vous prie, à des actes.

Mais le corps voilé demeurait aussi immobile que s’il eût été mort.

Du Roy qui s’était avancé vivement saisit la couverture, la tira et, arrachant l’oreiller, découvrit la figure livide de M. Laroche-Mathieu. Il se pencha vers lui et, frémissant de l’envie de le saisir au cou pour l’étrangler, il lui dit, les dents serrées : — Ayez donc au moins le courage de votre infamie.

Le magistrat demanda encore : — Qui êtes-vous ? — L’amant, éperdu ne répondant pas, il reprit : — Je suis commissaire de police et je vous somme de me dire votre nom !

Georges, qu’une colère bestiale faisait trembler, cria : — Mais répondez donc, lâche, ou je vais vous nommer, moi.

Alors l’homme couché balbutia : — Monsieur le commissaire, vous ne devez pas me laisser insulter par cet individu. Est-ce à vous ou à lui que j’ai affaire ? Est-ce à vous ou à lui que je dois répondre ?

Il paraissait n’avoir plus de salive dans la bouche.