Page:Maupassant Bel-ami.djvu/415

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— Retirons-nous, monsieur le commissaire, nous n’avons plus rien à faire en ce lieu.

Un peu surpris, le magistrat le suivit ; mais, sur le seuil de la chambre, Georges s’arrêta pour le laisser passer. L’autre s’y refusait par cérémonie.

Du Roy insistait : — Passez donc, monsieur. — Le commissaire dit : — Après vous. — Alors le journaliste salua, et sur le ton d’une politesse ironique : — C’est votre tour, monsieur le commissaire de police. Je suis presque chez moi, ici.

Puis il referma la porte doucement, avec un air de discrétion.

Une heure plus tard, Georges Du Roy entrait dans les bureaux de la Vie Française.

M. Walter était déjà là, car il continuait à diriger et à surveiller avec sollicitude son journal qui avait pris une extension énorme et qui favorisait beaucoup les opérations grandissantes de sa banque.

Le directeur leva la tête et demanda : — Tiens, vous voici ? Vous semblez tout drôle ! Pourquoi n’êtes-vous pas venu dîner à la maison ? D’où sortez-vous donc ?

Le jeune homme, qui était sûr de son effet, déclara, en pesant sur chaque mot :

— Je viens de jeter bas le ministre des affaires étrangères.

L’autre crut qu’il plaisantait.

— De jeter bas… Comment ?

— Je vais changer le cabinet. Voilà tout ! Il n’est pas trop tôt de chasser cette charogne.

Le vieux, stupéfait, crut que son chroniqueur était gris. Il murmura : — Voyons, vous déraisonnez.

— Pas du tout. Je viens de surprendre M. Laroche-Mathieu en flagrant délit d’adultère avec ma femme. Le commissaire de police a constaté la chose. Le ministre est foutu.