Page:Maupassant Bel-ami.djvu/426

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et répétait : — Ah !… c’est vous… c’est vous… entrez.

Elle entra et se laissa tomber contre lui. Il cria au cocher : — Allez ! Et le fiacre se mit en route.

Elle haletait, sans parler.

Il demanda : — Eh bien ! comment ça s’est-il passé ?

Alors elle murmura, presque défaillante :

— Oh ! ça a été terrible, chez maman surtout.

Il était inquiet et frémissant.

— Votre maman ? Qu’est-ce qu’elle a dit ? Contez-moi ça.

— Oh ! ça a été affreux. Je suis entrée chez elle et je lui ai récité ma petite affaire que j’avais bien préparée. Alors elle a pâli, puis elle a crié : « Jamais ! jamais ! » Moi, j’ai pleuré, je me suis fâchée, j’ai juré que je n’épouserais que vous. J’ai cru qu’elle allait me battre. Elle est devenue comme folle ; elle a déclaré qu’on me renverrait au couvent, dès le lendemain. Je ne l’avais jamais vue comme ça, jamais ! Alors papa est arrivé en l’entendant débiter toutes ses sottises. Il ne s’est pas fâché tant qu’elle, mais il a déclaré que vous n’étiez pas un assez beau parti.

Comme ils m’avaient mise en colère aussi, j’ai crié plus fort qu’eux. Et papa m’a dit de sortir avec un air dramatique qui ne lui allait pas du tout. C’est ce qui m’a décidée à me sauver avec vous. Me voilà, où allons-nous ?

Il avait enlacé sa taille doucement ; et il écoutait de toutes ses oreilles, le cœur battant, une rancune haineuse s’éveillant en lui contre ces gens. Mais il la tenait, leur fille. Ils verraient, à présent.

Il répondit : — Il est trop tard pour prendre le train ; cette voiture-là va donc nous conduire à Sèvres où nous passerons la nuit. Et demain nous partirons pour La