Page:Maupassant Bel-ami.djvu/438

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Il avoua avec douceur et ajouta :

— Tu ne le savais pas ?

Elle reprit, debout devant lui, furieuse, indignée : — Tu épouses Suzanne Walter ! C’est trop fort ! c’est trop fort ! Voilà trois mois que tu me cajoles pour me cacher ça. Tout le monde le sait, excepté moi. C’est mon mari qui me l’a appris !

Du Roy se mit à ricaner, un peu confus tout de même et, ayant posé son chapeau sur un coin de la cheminée, il s’assit dans un fauteuil.

Elle le regardait bien en face, et elle dit d’une voix irritée et basse :

— Depuis que tu as quitté ta femme, tu préparais ce coup-là, et tu me gardais gentiment comme maîtresse, pour faire l’intérim ? Quel gredin tu es !

Il demanda :

— Pourquoi ça ? J’avais une femme qui me trompait. Je l’ai surprise ; j’ai obtenu le divorce, et j’en épouse une autre. Quoi de plus simple ?

Elle murmura, frémissante :

— Oh ! comme tu es roué et dangereux, toi !

Il se remit à sourire :

— Parbleu ! Les imbéciles et les niais sont toujours des dupes !

Mais elle suivait son idée :

— Comme j’aurais dû te deviner dès le commencement. Mais non, je ne pouvais pas croire que tu serais crapule comme ça.

Il prit un air digne :

— Je te prie de faire attention aux mots que tu emploies.

Elle se révolta contre cette indignation : — Quoi ! tu veux que je prenne des gants pour te parler maintenant ! Tu te conduis avec moi comme un gueux depuis que je