Page:Maupassant Bel-ami.djvu/59

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— Te voilà ! à cette heure-ci ! que me voulais-tu ?

Duroy, troublé de le rencontrer ainsi comme il s’en allait, balbutia : — C’est que… c’est que… je ne peux pas arriver à faire mon article, tu sais, l’article que M. Walter m’a demandé sur l’Algérie. Ça n’est pas bien étonnant, étant donné que je n’ai jamais écrit. Il faut de la pratique pour ça comme pour tout. Je m’y ferai bien vite, j’en suis sûr, mais, pour débuter, je ne sais pas comment m’y prendre. J’ai bien les idées, je les ai toutes, et je ne parviens pas à les exprimer.

Il s’arrêta, hésitant un peu. Forestier souriait avec malice :

— Je connais ça.

Duroy reprit : — Oui, ça doit arriver à tout le monde en commençant. Eh bien, je venais… je venais te demander un coup de main… En dix minutes tu me mettrais ça sur pied, toi, tu me montrerais la tournure qu’il faut prendre. Tu me donnerais là une bonne leçon de style, et sans toi, je ne m’en tirerais pas.

L’autre souriait toujours d’un air gai. Il tapa sur le bras de son ancien camarade et lui dit :

— Va-t’en trouver ma femme, elle t’arrangera ton affaire aussi bien que moi. Je l’ai dressée à cette besogne-là. Moi, je n’ai pas le temps ce matin, sans quoi je l’aurais fait bien volontiers.

Duroy, intimidé soudain, hésitait, n’osait point :

— Mais, à cette heure-ci, je ne peux pas me présenter devant elle ?…

— Si, parfaitement. Elle est levée. Tu la trouveras dans mon cabinet de travail, en train de mettre en ordre des notes pour moi.

L’autre refusait de monter.