Page:Maupassant Bel-ami.djvu/73

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gauche, ajouta avec indifférence : — C’est parfait, alors. Forestier ne le laissa pas commencer sa nouvelle partie ; et, se baissant vers son oreille : —  Vous savez que vous m’avez promis d’engager Duroy pour remplacer Marambot. Voulez-vous que je le retienne aux mêmes conditions ?

— Oui, parfaitement.

Et prenant le bras de son ami, le journaliste l’entraîna pendant que M. Walter se remettait à jouer.

Norbert de Varenne n’avait pas levé la tête, il semblait n’avoir pas vu ou reconnu Duroy. Jacques Rival, au contraire, lui avait serré la main avec une énergie démonstrative et voulue de bon camarade sur qui on peut compter en cas d’affaire.

Ils retraversèrent le salon d’attente, et comme tout le monde levait les yeux, Forestier dit à la plus jeune des femmes, assez haut pour être entendu des autres patients : — Le directeur va vous recevoir tout à l’heure. Il est en conférence en ce moment avec deux membres de la commission du budget.

Puis il passa vivement, d’un air important et pressé, comme s’il allait rédiger aussitôt une dépêche de la plus extrême gravité.

Dès qu’ils furent rentrés dans la salle de rédaction, Forestier retourna prendre immédiatement son bilboquet, et, tout en se remettant à jouer, et en coupant ses phrases pour compter les coups, il dit à Duroy : — Voilà. Tu viendras ici tous les jours à trois heures et je te dirai les courses et les visites qu’il faudra faire, soit dans le jour, soit dans la soirée, soit dans la matinée. — Un, — je vais te donner d’abord une lettre d’introduction pour le chef du premier bureau de la préfecture de police, — deux, — qui te mettra en rapport avec un de ses em-