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V
PRÉFACE

beau. Aussitôt que le beau lui cause de l’ennui, un honnête homme s examine et travaille à se corriger.

Le quatrième stade du goût français peut donc s’ouvrir, qui ramènerait au premier et qui remporterait pourtant sur le premier comme une préférence réfléchie sur un bon instinct. Il est bien de sentir qu’une belle colonne dorique, c’est le beau parfait. Il est meilleur de le sentir et de savoir la raison de son sentiment. Le divin péplos restauré, l’esprit classique rajeuni et recompris, quelle source de renaissance ! L’art et même la vie des Grecs ne sont pas d’immobiles objets ayant été une fois, puis ensevelis. Il faut les concevoir dans leur suite perpétuelle, à travers la mémoire et le culte du genre humain. Chacun s’arrête et puise à cette onde jeune et limpide, dont le murmure est divinement accordé à ce que l’homme universel a de plus profond. Parlant de Sophocle, Racine se borne pour toute louange à le mettre dans les imitateurs d’Homère. Que Racine a raison ! Gloire aux seuls homérides ! Ils ont surpris le grand secret qui n’est que d’être naturel en devenant parfait. Tout art est là, tant que les hommes seront hommes.

L’esthétique est la science du sentiment. Si l’on passait sa vie à examiner ce qu’on sent, le naturel disparaîtrait. L’auteur se félicite, bien loin qu’il s’en excuse, d’avoir jeté en ce petit livre beaucoup de réflexions étrangères à l’esthétique.