Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/122

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3i4 MEHCVRE DE FRANCE— 16-1-j909 nant les âges de culture classique et oratoire dans le giron de l’unité historique, il dénie, avec des arguments curieux, tout droit à la Révolution, — la seule, l’unique, la pestiférée pour qui l’unité his­ torique n’ait point de refuge, — d’y chercher quelque titre et justifi­ cation que ce soit. Venons à l’absolutisme de Louis XIV . Ici, des réservas très expresses s’imposent, il nous semble. M . Dimier a réfuté par des considérations de droit politique le préjugé anti-absolutiste. Quelque exacts qu’ils puissent sembler, ses raisonnements ont, ici, le désa­ vantage d’être spéculatifs, abstraits. Il a réfuté une théorie par une théorie, et non par des faits. Or, les faits, ils abondent, ici ; seule­ ment, ils sont plutôt à cacher, eu effet. Mais est-ce donc un mystère qu’à la Cour même de Louis XIV de fidèles serviteurs du Roi, comme le duc de Chevreuse, attribuaient les malheurs des derniers temps du règne à l’excès de l’omnipotence royale? On objectera que le bon duc était un chimérique. Mais bieu d’autres personne» pensaient comme lui. A-t -on oublié aussi que l’Angleterre, désireuse, en 171a, de faire la paix, voulait toutefois que des garanties lui fussent don­ nées non seulement par le Roi, mais encore par la Nation, ce qui fit entrer dans le domaine des faits la question de la représentation de la Nation, c ’est-à -dire du pouvoir absolu ? Et si cette question put prendre, sur un incident de politique étrangère, une telle tournure, ce ne fut point certainement l’effet d’un manque de loyalisme, mais la suite des excès de l’absolutisme. L a même réfutation abstraite de M. Dimier a laissé aussi de côté le fait de la centralisation monar­ chique : nous retrouvons, tacitement, l ’admirateur des institutions administratives de Philippe le Bel. Pourtant, cette centralisation était devenue excessive, et il est impossible de ne ia point compter parmi les causes de la Révolution. Les provinces étaient moins impatientes des survivances féodales locales, entrées dans les meeurs, que desingé­ rences de Versailles. L ’histoire du duché de Lorraiue, sous le règne purement nominal de Stanislas, est typique à ce propos, et ce qui avait lieu en Lorraine se passait aussi dans bien des Pays de France, fussent-ils plus français que la Lorraine. Mais pour M. Dimier l’unité de l’histoire de France, maintenue par lu», malgré tout, intacte, dans ce qu’on pourrait appeler la région des causes adverses, — du xvi° au xvm® siècle, — cette unité cesse net et tout entière, sans préparation, au moment de la Révolution. De sorte que celle-ci reste en l ’air, sans racine dans le passé. M . Dimier s’en fait une raison de plus, et la plus péremptoire, pour la h aïr, pour la mépriser, fille de rien qui prétendit trancher de tout. Cepen­ dant cette Révolution, si haïssable, si méprisable soit-elle aux yeux de M. Dimier, ce n’est peut-être pas tout de même une trop bonne méthode quede la considérer comme un phénomène purement abstrait