Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/147

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REVUE DE LA QUINZAINE 339 sant, qu’ayant vent du danger il cherche à cacher le vrai motifdosa lucrative activité. Que parlais-je do magasins? Il n’y a plus que des galeries, où des hommes de goût nous appellent... Rarement nous fut-il donné de voir assemblage artistique plus intéressant,pins significatif que cette Exposition d’aquarelles et dessins récemment ouverte à la galerie Druct. C ’est lo même genre d’intérêt quo si souvent nous avons trouvé, rue Massé, chez M1*0 W eill, l’intérêt vivant des esquisses où les artistes nous font la confidence de leur pensée première, sans prendre le temps de la lais­ ser se compliquer en se développant ; — mais, rue Royale, dans un ensemble plus nom breux, apparaissent des pièces très rares,plusieurs signées de ces grands noms, Gauguin, Cézanne, Van Gogh, Redon. Trois magnifiques dessins, trois dessins de maître : deux figures tahi- tiennes de Gauguin — la tête d’homme surtout est merveilleuse, ex­ pression sublime de la sérénité dans la force — et un nu féminin de Redon, étude directe et, peut-on dire, dévote de la nature, où l’élé­ ment observé approfondit et renforce, loin de l’altérer, la vision expressive et décorative du vénérable m aître. — Guys, réduit au pit­ toresque par le voisinage de Gauguin. — Pissarro, typiquement neu­ tre, insignifiant. — Seurat, Signac, très froids, très forts. — Cross, le pi us distingué des « divisionnistes » français. — De Luce, des tra­ vaux: de bon ouvrier. — De très savoureux dessins de Manguin, de Mathan. — L’esquisse du si curieux paysage de ville de Friesz. — Laprade, de qui nous aurons bientôt, ici même, une importante exposition. ~ Desvallières, des indications de style. — Dethomas, Maurice Denis, Roussel, Besnard, Marquet, Puy, MmoMarval, van Dongen, Jourdain, Flandrin. — Les esquisses de Piot pour sa cham­ bre funéraire. — Tout cela, c ’est, indications, esquisses, projets, comme une rétrospective d’espérances; tout cela, c ’est comme une essentielle synthèse de promesses : c’est en herbe tout l’art vivant,— où déjà se sont épanouies des grandes fleurs, qui ne se fanent pas. 1 Les Divisionnistes italiens dépensent dans uno entreprise chimérique beaucoup de talent. Comme l’indique assez, ou trop, l’étiquette qui les assemble, leur esthétique est celle de la division du ton. Ils s’inscrivent donc, historiquement, à la suite de Seurat; mais c’est, nationalement, autour de Segantini qu’ils se groupent. — Segantini fut un artiste très intéressant, malgré le procédé au­ quel il s’était condamné. L ’ardent amour de la nature et le besoin de la voir personnellement, de la posséder directement, ont sauvé ce peintre émouvant, toutes les fois du moins qu’il n ’a pas cédé à la tentation de s’exprimer en un langage puérilement symbolique. — Previati, à peine inégal à Segantini, est un peintre religieux,d ’un