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MERCVRE DE FRANCE — 16-I-1909



COMMENT ON DEVIENT CE QUE L’ON EST[1]
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POURQUOI J’ÉCRIS DE SI BONS LIVRES



PAR DELÀ LE BIEN ET LE MAL
PRÉLUDE D’UNE PHILOSOPHIE DE L’AVENIR



1.

La tâche qui incombait aux prochaines années était prescrite aussi sévèrement que possible. Après avoir accompli la partie affirmative de cette tâche, c’était le tour de la partie négative, où il fallait dire non, agir non. Il fallait entreprendre la transmutation de toutes les valeurs qui avaient eu cours jusqu’à présent, la grande guerre, révocation du jour où la bataille serait décisive. Pendant ce temps je me suis aussi enquis lentement de natures semblables à la mienne, de celles qui, appuyées sur leur réserve de force, prêteraient la main à l’œuvre de destruction.

Depuis cette époque tous mes écrits sont des hameçons que je lance. Peut-être que je m’entends mieux que n’importe qui à pêcher à la ligne ?… Si rien ne se laissa prendre, ce n’était pas de ma faute. Les poissons faisaient défaut…

2.

Le livre (1886) est dans ses parties essentielles une critique de la modernité, les sciences modernes, les arts modernes, sans en exclure la politique moderne. Je donne également des indications au sujet du type contraire qui est aussi peu moderne que possible, un type noble, un type affirmatif. Considéré ainsi, mon livre est l’école du gentilhomme, le mot pris dans un sens plus intellectuel et plus radical qu’il n’a été fait jusqu’à présent. Rien que pour tolérer cette interprétation, il faut avoir du courage, il ne faut pas avoir appris la peur.

Toutes les choses dont notre époque est fière sont envisagées comme l’opposé de ce type ; j’y vois presque l’indice de mau-

  1. Voy. Mercure de France, 274, 275, 276 et 277.