Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


reviendrait. Où élait son amant? Elle était plus triste que la mort. Des flots de pensées se heurtaient dans sa tête, qui était comme une mer battue par la tempête. Soudain la morl lui apparut une solution. Elle serait trouvée couchée toute blan­ che, dans son lit de jeune fille, comme endormie. Avant de mourir, elle aurait apporté des fleurs, par brassées, dans sa chambre. Jamais ses parents ne soupçonneraient toute la vérité. Ils penseraient qu’elle est morte par désespoir d’amour; ils en garderaient des regrets profonds, un chagrin inconsolable. De­ vant le monde, ils attribueraient sa mort à une cause acciden­ telle. Elle serait habillée tout en blanc, et portée en terre par des vierges. En pensant à la douleur de ses parents, elle sentit des larmes monter à ses yeux. Elle pleura sur elle, sur le mal­ heureux sort de la jeune morte qu’elle serait. Soudain, dans le brouillard d’octobre, les douze coups de midi sonnèrent à l’église de Beauséjour. Un soleil pâle s’effor- çaît à percer la brume. Un vol de feuillesjaunes et rouges s’é­ leva en tourbillonnant, vers les fenêtres. Et, comme les appels de la vie couvrent la voix des plus tragiques malheurs, M11®de La Musardière, que ses luttes intérieures avaient fatiguée, se sentit, malgré tout, une grande faim, comme chaque jour, à la même heure. Elle descendit à la salle à manger. Sa sœur s’v trouvait avec son fiancé :ils attendaient le comte et la com- v tesse. Quand Lucile de La Musardière entra, de Larmance em­ brassait Christine dans le cou. Celle-ci poussa un petit cri d’effroi en reconnaissant sa sœur, qui parut n’avoir rien vu. XVI La veille du mariage de Mlla Christine de La Musardière, Binet méditait, dans son cabinet de travail, sur les paroles q u’il adresserait, le lendemain, aux jeunes mariés. Le facteur lui apporta une lettre cachetée de cire rouge. Le cachet représen­ tait une femme debout, coiffée d’un bonnet phrygien, un flam ­ beau à la main. Binet la considéra avec inquiétude : il venaitde reconnaître le cachet du Cercle démocratique de Vince. Ce cercle dirigeait la politique républicaine radicale du dé­ partement, sous l’inspiration de laloge ?Humanité.