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MAI 1898

XIII

DE L’ÎLE CYRIL.

À Marcel Schwob.

L’île Cyril nous parut d’abord comme le feu rouge d’un volcan, ou d’un punch de sang éclaboussant par la chute d’étoiles filantes. Puis nous vîmes qu’elle était mobile, cuirassée et quadrangulaire, avec une hélice aux quatre angles, selon les quatre demi-diagonales d’arbres indépendants, lui soumettant toutes les directions. Nous sûmes l’avoir approchée à portée de canon, à ce qu’un boulet emporta l’oreille droite et quatre dents de Bosse-de-Nage.

« Ha ha ! » bégaya le papion ; mais un cylindrocône d’acier sur l’apophyse zygomatique gauche fit rebrousser chemin à sa troisième parole. Et sans attendre une réponse plus étendue, l’île cinétique hissa la tête de mort et le chevreau, et Faustroll pavillon de la Grande-Gidouille.

Après ces salutations, le docteur but joyeusement du gin avec le capitaine Kid, et réussit à le dissuader d’incendier l’as (qui était, malgré son vernis de paraffine, incombustible) et de pendre, après nous avoir dépouillés, Bosse-de-Nage et moi-même à la grande vergue, parce que l’as n’avait pas de grande vergue.

On pêcha de concert des singes dans une rivière, à l’horreur démantibulée de Bosse-de-Nage, et nous visitâmes l’intérieur de l’île.

Comme la lueur rouge du volcan aveugle, on arrive à n’y voir pas plus que dans une obscurité sans reflet, mais pour suivre l’opaque ondulation de la lave éblouissante, il y a des enfants qui parcourent l’île avec des lampes. Ils naissent et meurent sans vieillesse dans des tronçons de péniches vermoulues, sur le rivage d’une ode vert-bou-