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solennellement la mer. Alexandre rentra avec gloire dans la capitale du monde chrétien en 1178. Son premier soin fut de remédier aux maux causés par un long schisme. Il assembla le troisième concile de Latran. Ce concile, ou assistérent tous les députés d’Occident, et où l’Orient fut aussi représenté, s’occuppa de réformes nécessaires dans toutes les parties. Celles qui concernent la discipline seraient trop longues à rapporter ; mais on peut remarquer le règlement par lequel il est statué qu’à l’avenir les deux tiers des voix des cardinaux suffiront pour l’élection du pape. Alexandre étendit ses soins partout ou il y avait des erreurs a combattre et des maux à guérir. Le mauvais état des affaires de Palestine l’engagea à publier une nouvelle croisade (1181), qui fut acceptée par Philippe-Auguste et par Henri II, roi d’Angleterre. St. Bernard fut canonisé par Alexandre, et ce droit, partagé d’abord par les métropolitains, fut réservé depuis exclusivement au pape. Alexandre se montra inspiré par ces grandes vues qui honorent la politique, et font aimer la religion. Ce fut lui, dit le président Hénault, qui, au nom du troisième concile de Latran, déclara que tous les chrétiens devaient être exempts de la servitude, ou plutôt, suivant Fleury, de l’esclavage, parce qu’il ne peut être question ici que de l’ancien état politique. Il mourut le 3 août 1181, à Citta di Castello, après 22 ans d’un pontificat pénible et glorieux. Alexandre III montra une grande fermeté dans ses malheurs, de la modération dans la prospérité, des lumières dans l’administration, une douceur évangélique, et quelquefois une juste et sage sévérité envers ses ennemis. On a beaucoup parlé de son savoir et de son éloquence ; mais on ne dit point qu’il ait laissé d’ouvrages. Alexandre III eut pour successeur Luce Ill. D-s.


ALEXANDRE IV, élu pape, si Naples, le 25 décembre 1254. Il s’appelait Rinald, était neveu du pape Grégoire IX. et de la famille des comtes de Segni. Son oncle l’avait fait cardinal, puis évêque d’Ostie, en 1251. À son avènement au pontificat, les derniers rejetons de la famille de Souabe travaillaient à recouvrer leur héritage dans les royaumes de Naples et des Deux-Siciles. Mainfroi, fils naturel de l’empereur Frédéric II, et que l’on soupçonnait, peut-être injustement, d’avoir empoisonné son frère Conrad, travaillait avec succès à exécuter cette grande entreprise, et pour lui-même, et pour le jeune Conradin, son neveu. Quelquefois il avait négocié, pour cet effet, avec le prédécesseur d’Alexandre, Innocent IV ; mais, plus souvent, il l’avait combattu. Il suivit la même marche avec le nouveau pape, que ses progrès victorieux obligèrent de retourner à Rome. Alexandre fit offrir le royaume de Sicile à Edmond, fils du roi d’Angleterre, Henri III ; mais ce projet demeura sans exécution. Ce n’était pas à lui qu’il était réservé d’abattre de tels ennemis. Ils le poursuivirent jusque dans Rome. Une faction, dirigée en secret par Mainfroi, obligea le pape de se réfugier, tantôt à Viterbe, et tantôt dans Anagni. Pendant le cours d’un pontificat aussi agité, il ne laissa pas de d’occuper de l’administration ecclésiastique ; il rendit aux frères prêcheurs des fonctions et des privilèges que leur avait ôtés Innocent IV, sur les plaintes de l’Université de Paris, et fit condamner le livre de Guillaume de St-Amour, intitulé : des Périls des derniers temps, et l’Èvangile éternel des franciscains. Ce fut sous le pontificat d’Alexandre IV, en 1259, que parut en Italie la secte des flagellants, qui, peur expier les vices et les désordres de leur temps, donnaient en public le spectacle d’une pénitence non moins scandaleuse que cruelle. Ces fanatiques ne tardèrent pas à devenir, pour toutes les puissances, et même pour la cour de Rome, un objet de mépris et de prescription. Alexandre IV envoya à St. Louis des inquisiteurs que le roi lui avait demandés. L’histoire n’a point dissimulé ce dangereux excès de zèle de la part du monarque. Alexandre lui écrivait, dans une de ses bulles, « qu’encore que le royaume de France soit au-dessus de tous les autres par sa noblesse, Louis le relève plus haut par l’éclat de ses vertus, etc. » Il mourut à Viterbe, le 25 mai 1261. Alexandre IV, dit Fleury, était pieux, appliqué à la prière, et pratiquant l’abstinence ; mais il passait pour écouter avec trop de facilité les flatteurs. Le poids des affaires politiques que ses prédécesseurs lui avaient imposé n’était pas de mesure avec la faiblesse de son caractère. Il eut des ennemis, et des malheurs, auxquels il ne sut opposer ni assez de force ni assez de dignité. Alexandre IV eut pour successeur Urbain IV. D-s.


ALEXANDRE V se nommait Philarge. Né dans l’île de Candie, de parents pauvres et inconnus, il passa ses premières années à mendier son pain de porte en porte. Un frère mineur italien, remarquant en lui d’heureuses dispositions, le fit recevoir dans son ordre. Ses supérieurs l’envoyèrent perfectionner ses études à Oxford et à Paris. Galéas Visconti le fit précepteur de son fils, et lui procura ensuite l’évêché de Vicence, puis celui de Novarre, et enfin l’archevêché de Milan. Innocent VII le revêtit de la pourpre, et il avait soixante-dix ans lorsqu’il fut élevé sur le siége de Rome, par le concile de Pise, le 26 juin 1409. C’était pour finir le schisme d’Occident, et pour opposer un adversaire respectable à Benoit XIII et à Grégoire XII, qu’Alexandre V avait été élu ; mais il ne répondit point aux espérances que sa jeunesse avait données : il se laissa conduire par les conseils du cardinal Cossa, qui l’empêcha de se rendre à Rome, et le détermina à rester à Bologne, où il était plus sur de le gouverner à son gré. Benoit XIII et Grégoire XII méprisèrent sa médiocrité, et persistèrent dans leur insubordination. Alexandre V, par un sentiment d’humilité, et par reconnaissance pour son premier état, rendit aux religieux mendiants des privilèges qui blessaient les intérêts et les droits de l’université de Paris, ainsi que le décret du concile général de Latran. Ces privilèges furent bientôt révoqués par le successeur d’Alexandre, Jean XXIII. Alexandre ne fit rien pour la réformation de l’Église. On a loué la pureté de ses mœurs : on garde le silence sur ses autres qualités. Il mourut à Bologne, le 3 mai 1410, après 10 mois et 8 jours de pontificat. On soupçonna le cardinal Cossa de l’avoir empoisonné, ce qui, peut-être, n’eut d’autre fondement que le bonheur