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sible que l’homme régénéré sorte de l’état de grâce et perde sa foi. Ces cinq articles n’offrent rien qui ne soit conforme à la doctrine orthodoxe de l’Église luthérienne ; les gomaristes, ou antiremontrants, n’auraient pas eu l’ombre de droit d’accuser les arminiens d’hérésie, si les successeurs d’Arminius ne s’étaient pas expliqués avec moins de retenue sur les conditions du salut, que ne l’avait fait ce chef. Lorsqu’après la mort de Maurice, ils obtinrent la faculté de rentrer dans leur patrie, et de professer librement leurs principes, Épiscopius, et ses successeurs dans la chaire de théologie au gymnase fondé à Amsterdam par les arminiens, enseignèrent ouvertement que, pour avoir des droits au titre de disciple, et aux bienfaits de Jésus-Christ, il suffisait de reconnaître le Nouveau Testament pour règle de la foi, de fuir l’idolâtrie et le vice ; de mener une vie conforme a l’Évangile, et de regarder comme frères tous ceux qui faisaient de même, quelles que fussent d’ailleurs leurs opinions sur le dogme, pourvu qu’ils n’adoptassent aucune maxime d’exclusion et d’intolérance envers les chrétiens dissidents. L’équitable et judicieux Mosheim n’hésite pas à attribuer à Arminius des sentiments analogues à ceux des arminiens modernes, et le projet de réunir, à l’exception de la communion romaine, toutes les autres sectes chrétiennes en une seule société religieuse. Il croit que la prudence et une mort prématurée l’empêchèrent seules de parler avec la même franchise, et de prêcher cette doctrine de ses illustres successeurs, qui, dans les temps modernes, a fait de si grands progrès au sein de toutes les Églises chrétiennes de l’Europe éclairée. La vie d’Arminius fut irréprochable, et sa piété aussi douce que sincère. Sa devise était : Une bonne conscience est le paradis. Ses œuvres consistent en quelques traités de théologie sur la prédestination, et en mie analyse des chapitres 7 et 9 de l’Épître aux Romains, texte classique pour toute cette discussion ; elles forment un vol. in-4°, imprimé à Leyde, en 1629, et très-souvent dans la suite. Gaspard Brandt est le meilleur biographe d’Arminius, Hist. vitæ I. Arminii, Leyde, 1724, in-8°. Son portrait est dans la Biblioth. calcogr. de Boissard, n” 226. S-r.


ARMONVILLE (Jean-Baptiste), député à la convention nationale, naquit à Reims, le 18 novembre 1736. Fils d’un cabaretier de cette ville, il fut lui-même cordier et cardeur en laine. Dès le commencement de la révolution, il s’en montra fort enthousiaste, et réussit par la, en septembre 1792, à se faire nommer député du département de la Marne à la convention nationale[1], où il se fit remarquer par la grossièreté de ses discours. Dans le procès de Louis XVI, il vota pour la mort sans appel et sans sursis. On rappelait le chien courant de la Montagne. Siégeant sur la crête de cette montagne, à côté de Marat, il ne faisait pas un mouvement, ne disait pas un mot sans en avoir reçu de lui la permission ou le signal. Habituellement ivre, il s’attira souvent des disputes dans les cabarets et les cafés, et ne parut jamais à l’assemblée que couvert d’un sale bonnet rouge, ce qui le lit surnommer Armonville bonnet rouge. Fidèle à ses principes, il lutta de toutes ses forces contre la réaction thermidorienne, persista dans ses habitudes, et fut plusieurs fois honni par ses collègues eux-mêmes, qui l’obligèrent de parler la tête découverte. Mécontent de cette exigence, il plaça un jour son bonnet sur le buste de Marat, et fut vivement applaudi pour ce fait par les partisans de ce démagogue, encore nombreux dans l’assemblée. Lors de la clôture du club des jacobins, dont Armonville était un des membres les plus assidus, il protesta avec énergie contre la violation du droit d’association ; il essaya même de haranguer la populace, et s’étant répandu en éloges de la société, fort extraordinaires à cette époque, il fut menacé, et reçut même des coups de bâton, ce dont il se plaignit à la tribune quelques jours plus tard avec beaucoup de calme et d’audace. Après la session conventionnelle, il ne voulut accepter aucune fonction publique, et retourna dans sa ville natale, ou il reprit ses habitudes de cabaret et ses travaux d’ouvrier. Il mourut à Reims, le 11 décembre 1808. Cet homme, que la révolution seule pouvait tirer de l’obscurité, avait épousé successivement trois femmes. Il n’eut qu’un seul fils, qui fut élève de l’école impériale des arts et métiers. M-d j.


ARMSTRONG (Jean), poëte et médecin écossais, né vers l’année 1709, était fils d’un ecclésiastique de Castleton, dans le comté de Roxburgh. Après avoir étudié la médecine a l’université d’Édimbourg, il vint, en 1732, s’établir à Londres, où il se fit bientôt remarquer, mais plutôt comme littérateur et homme d’esprit que comme médecin. Le premier essai public qu’il fit de ses talents, en 1735, fut une satire ingénieuse contre les empiriques, écrite à la manière de Lucien, et intitulée : Essai sur l’art d’abréger l’étude de la médecine, auquel étaient joints un Dialogue entre Hygie, Mercure et Pluton, relativement à la pratique de la médecine, suivant la méthode de certaine illustre société ; et une Épître du Persan Usbeck à Josué Ward. Il publia en 1737 un traité dogmatique sur la maladie vénérienne, et bientôt après, un poème intitulé l’Économie de l’Amour[2]. Ce poëme eut un grand succès, mais un genre de succès qui compromit le caractère moral de l’auteur plus encore qu’il n’honora son talent poétique, car il tenait plus, à certaines peintures licencieuses qu’à la beauté des vers. Armstrong chercha à réparer ce scandale dans une édition qu’il donna de son poëme en 1768, et dans laquelle il retrancha ou adoucit ce qu’il y avait de plus libre dans la première. L’ouvrage sur lequel se fonde principalement aujourd’hui sa réputation, c’est son poëme de l’Art de conserver la santé, publié en 1744, et regardé comme l’un des plus beaux poèmes didactiques qui existent dans la

  1. Quoiqu’il ne sut ni lire ni écrire. Pour forcer les électeurs de nommer ce cordier sans-culotte, plusieurs coupe-tête se mirent à la porte de l’assemblée électorale, et menacèrent de la mort ceux des électeurs qui seraient assez royalistes pour refuser leur voix à ce patriote énergique.» (Dict. des Jacobins vivants, 1799, in-8°, p. 15.)
  2. Peyron en a donné une imitation en prose ; on la trouve dans le volume intitulé les Jeux de Calliope, ou collection de poëmes anglais, italiens, etc., Paris. 1776, petit in-8°.