Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1843 - Tome 2.djvu/44

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d’auteurs nouveaux dont ne savait même pas les noms ; des 8 volumes dont cette Bibliothèque devait se composer, un seul a paru. 2° Vie de Grégoire Cortès, bénédictin, évêque d’Urbin et cadinal Paris, 1786, in-12. C’est par erreur que, dans la 1re édition de la Biographie universelle, ces deux ouvrages sont attribués à A.-J. Ansart. C. W-r.


ANSBERT (Saint), évêque de Rouen, né à Chaussy, village du Vexin, d’une famille noble. Ses progrès dans les lettres furent rapides, et il parut jeune encore à la cour de Clotaire III, ou le chancelier Robert voulut lui faire épouser sa fille Angradisme ; mais Ansbert. qui projetait dès lors de se consacrer à Dieu, préféra le célibat au mariage. Son mérite l’ayant fait élever à la dignité de chancelier, il n’en fut pas moins entraîné par son penchant pour la vie solitaire, quitta brusquement la cour, et alla s’enfermer dans l’abbaye de Fontenolles. Il en devint abbé, marcha sur les traces de St. Vaudrille et de St. Lambert ses prédécesseurs, fonda des hôpitaux, et fit de sages règlements. Élevé, en 683, au siége épiscopal de Rouen, il se voua tout entier à la prédication des fidèles et au soulagement des pauvres ; mais Pepin d’Héristal, maire du palais, mécontent de la sévérité de ce saint prélat, l’arracha de son église et le relégua dans le monastère de Haimont, en Hainaut, où il mourut, en 698, dans les exercices de la bienfaisance et de la piété, au moment même où il venait d’être autorise à retourner dans son diocèse. Son corps fut transporté, selon sa dernière volonté, à l’abbaye de Fontenelles. Aigrade a écrit sa vie, que nous avons dans Surius et dans Hollandus. K.


ANSBERT, prêtre autrichien qui vivait dans le 12e siècle, suivit en Orient l’armée de l’empereur Frédéric Barberousse, comme Robert le moine ou Tudehode avait suivi l’armée de Godefroi ; il a raconté la croisade de l’empereur allemand, et sa cbronique doit être regardée comme un précieux monument pour l’histoire. L’œuvre d’Ansbert est restée perdue pendant des siècles ; ce n’est qu’en 1824 qu’elle a été rendue au monde savant. Une copie de cette chronique se trouvait entre les mains d’un Allemand nommé Kneysl ; celui-ci étant mort, le manuscrit fut acheté par des juifs qui le vendirent à un chirurgien du voisinage de Postelberg. Le nouveau possesseur de la chronique d’Ansbert l’appréciait si peu, qu’il ne craignit point d’en déchirer plusieurs feuillets. Joseph Dietricht, directeur de l’école catholique, ayant appris que la relation du prêtre autrichien était au pouvoir d’une chirurgien de Postelberg, en informa la savant Dobrowski, qui la fit aussitôt acheter. On sut en même temps que les moines de Rayhard possédaient une copie de cet ouvrage : Dobrowski s’empressa de demander à l’abbé du monastère qu’il voulut bien lui permettre de faire remplir quelques lacunes du manuscrit acheté ; l’abbé y consentit. et Dobrowski put alors publier fourrage d’Ansberg dans toute son intégrité. La relation a été imprimée à Prague en 1827 chez Gaétan de Mayregg. Les détails que nous venons de donner sont tirés d’une préface que Dobrowski a placée en tête de sa publication. La chronique d’Ansbert présente un récit complet de l’expédition de Frédéric Barbarousse ; elle donne aussi des détails sur la croisade de Philippe-Auguste et de Richard, et s’étend jusqu’à l’expédition de Henri VI. La lecture d’Ansbert est intéressante même pour ceux qui connaissent le récit de Tagenon et du moine Godefroy, et la relation anonyme imprimée dans le 5e volume du recueil de Canisius. Ansbert ajoute quelques faits que les autres chroniqueurs n’ont point rapportés, et ses impressions de témoin oculaire répandent un intérêt nouveau dans sa narration. Le prêtre autrichien écrit avec cette simplicité grossière qu’on remarque dans les auteurs de son temps ; on trouve même quelquefois dans sa chronique une barbarie de style qui lui donne une ressemblance particulière avec Tudebode. Il y règne aussi quelque chose de triste et de sombre qui exprime assez bien l’effet que durent produire sur les esprits les désastres des croisés allemands. On peut voir un extrait de la relation d’Ansbert dans le tome 6e de la Bibliothèque des Croisades, par l’auteur de cet articles. M-d.


ANSCHAIRE ou ANSGARIUS (Saint), surnommé l’Apôtre du Nord, né en Picardie, le 8 septembre 801, tut élevé dans un couvent de bénédictins, à Corbie, d’où il passa à Corvey en Westphalie ; il y fit de tels progrès dans les sciences, qu’en 821 il fut nommé recteur de l’école du couvent. Harald, roi de Danemark, près de quitter Mayence, où il avait été baptisé, pour retourner dans ses États, demanda quelques missionnaires qui pussent y introduite le christianisme : Anschaire, accompagné de son ami Autbert, entreprit cette pénible tâche. Il obtint d’abord de grands succès, et fonda une école chrétienne à Hadeby, aujourd’hui Schleswih ; mais le zèle violent d’Haramd ayant soulevé ses sujets, il fut contraint de s’enfuir, et Anschaire avec lui. Le roi de Suède Riœrn ayant envoyé, peu après, des ambassadeurs à Louis le Pieux, roi de Germanie, Anschaire les suivit en Suède à leur retour. Le roi lui accorda la permission d’enseigner publiquement le christianisme : on avait préalablement consulté les idoles pour savoir ce qu’on devait taire, et la réponse du sort avait été favorable au missionnaire chrétien. Il convertit un grand nombre des principaux de la cour, bâtit une église, et revint dans son cloître en 831. Louis la Pieux le nomma, peu après, premier archevêque de Hambourg, et le pape Pascal, en lui envoyant le pallium, lui donna le titre de légat dans le Nord ; mais, en 845, Anschaire vit l’église et le couvent de sa ville archiépiscopale pillés et livrés aux flammes par des brigands : à peine eut-il le temps de s’enfuir, presque nu, à Brême. Il se retira alors dans l’asile qu’une femme nouvellement convertie lui offrit. L’évêque de Brême, Leuterich, étant mort peu après, l’empereur Louis II nomme Anschaire à sa place : cet évêché fut dès lors irrévocablement réuni à l’archevêché de Hambourg. La zèle d’Anschaire ne lui permit pas de jouir en paix de sa nouvelle dignité : il retourna en Danemark acquit la