Page:Michel Corday - Les Hauts Fourneaux, 1922.djvu/176

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rentrer en France par la Suisse. À Lyon, on leur a donné à remplir un questionnaire écrit, qui commence par cette demande : « Avez-vous été maltraité » ? L’un de ces jeunes hommes — qui porte d’ailleurs le nom d’un grand juste — répond en conscience : « Non ». Mais son ami, qui pourtant vécut près de lui en Allemagne, répond : « Oui ». Le premier s’étonne. L’autre répond : « Je n’ai pas osé ».

13 janvier 1916.

Ce Clemenceau me stupéfiera toujours. Ce labeur prodigieux, cet article quotidien, à soixante-quinze ans ! Ce patriotisme embrasé, cette haine saignante de l’Allemand, qui n’égalent en violence que la critique en dents de scie dont il déchire le pouvoir… La virulence même de ses attaques contre l’État-Major et le Gouvernement aboutit à ce résultat ironique que ce patriote de feu, cet ennemi-né de l’Allemagne, est devenu malgré lui le collaborateur le plus assidu, le plus abondant, des journaux allemands. Toute la presse d’Outre-Rhin s’empare en effet de ses critiques impitoyables. Et la