Page:Michel Corday - Les Hauts Fourneaux, 1922.djvu/245

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Fontainebleau, 20 août 1916.

Les journalistes chauvins raillent volontiers les pacifistes « bêlants ». N’ont-ils jamais réfléchi que le vrai troupeau bêlant, c’est le régiment voué au sacrifice ? Dans les gares régulatrices, pendant de dures nuits d’hiver, des permissionnaires, parqués par milliers dans des hangars ouverts à tous les vents, se vengeaient de la cruelle attente en lançant sur tous les tons des bêlements plaintifs. Et ce ne sont pas les seules circonstances où aient éclaté ces protestations résignées…

Fontainebleau, 22 août 1916.

Allant à Paris entre deux trains, j’ai vu, sur le quai de la gare d’arrivée, cette chose atroce : un soldat, amputé d’une jambe, mal entraîné à marcher avec des béquilles, tombe, de tout son long, la face cognant le sol, ses béquilles projetées au loin. Dans la foule, qui s’empresse,