Page:Michel Martin - Livre Henoch ethiopien, Letouzey, 1906.djvu/14

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dire, il y en a dans tous les camps. Mais il serait injuste de faire retomber sur des hommes de bonne volonté la responsabilité d’un état de choses qu’ils n’ont pas créé, qu’ils ont subi, comme nous l’avons tous fait à quelque degré, et dont ils sont les premières victimes.

Plus heureux, quelques-uns de nos exégètes, ils ne sont pas encore légion, ont pu, grâce à des circonstances très spéciales, mettre en valeur des talents personnels remarquables, acquérir une formation excellente et devenir des hommes de premier mérite. Les conclusions de leurs travaux et leur philosophie religieuse sont parfois discutables ; il faut reconnaître qu’ils sont au courant des derniers progrès de la critique textuelle et de la critique littéraire, et des données les plus récentes de l’histoire et de l’archéologie. Mais il est un point sur lequel tous se rencontrent : les uns et les autres se sont adressés à un public qui n’était pas préparé à les entendre, qui n’avait pas en mains les pièces du procès, qui était par conséquent incapable de les juger sinon sur le terrain des principes philosophiques ou théologiques. Lors de la publication de quelques-unes des synthèses dont je parlais tout à l’heure, nous avons assisté à un spectacle singulier : ici elles ont suscité une hostilité marquée, là elles ont provoqué des enthousiasmes ardents ; mais ici et là, souvent, je ne dis pas toujours, on s’est prononcé pour des motifs respectables sans doute, mais tout â priori. Beaucoup d’adversaires ont combattu, uniquement parce qu’ils croyaient la foi en danger ; beaucoup de partisans ont soutenu, parce que les conclusions leur semblaient s’accorder avec leurs vues philosophiques personnelles. Des deux côtés on s’est laissé guider quelquefois par des motifs plus extérieurs encore.

De la question de fond, de la question de savoir si les théories proposées étaient réellement la conséquence rigoureuse, l’explication nécessaire des textes et des faits, on s’est généralement trop peu soucié et pour cause.