Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/142

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


un politique plein d’audace, mais non moins de ruse.

Quoi qu’il en soit, la Commune étant assemblée le 2 au matin, sous la présidence de Huguenin, le procureur, Manuel, annonça le danger de Verdun, proposa que le soir même les citoyens enrôlés campassent au Champ de Mars et partissent immédiatement. Paris eût été délivré d’une masse dangereuse, qui, en attendant le départ, errait, s’enivrait et pouvait d’un moment à l’autre, au lieu d’une guerre lointaine, commencer ici de préférence une guerre lucrative à des ennemis riches et désarmés.

À cette sage proposition quelqu’un en ajouta une infiniment dangereuse, qui fut de même votée. On arrêta : « Que le canon d’alarme serait tiré à l’instant, le tocsin sonné et la générale battue. » L’effet pouvait être une horrible panique, dans une ville si émue, une panique meurtrière ; rien de plus cruel que la peur.

Deux membres du conseil municipal furent chargés de prévenir l’Assemblée de ce qu’ordonnait la Commune. Ils furent accueillis par un discours singulièrement ferme de Vergniaud, d’une noble hardiesse, prononcé, comme il l’était, dans l’imminence d’un massacre et presque sous les poignards. Il félicita Paris de prendre courage, de déployer enfin l’énergie qu’on en attendait ; il lui conseilla de résister à ses terreurs paniques. Il demanda pourquoi l’on parlait tant, en agissant peu : « Pourquoi les retranchements du camp qui est