Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/165

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


bizarre, dont nous avons déjà parlé, le fameux huissier Maillard. C’était un sombre et violent fanatique sous formes très froides, d’un courage et d’un sang-froid rares et singuliers. À la prise de la Bastille, lorsque, le pont-levis étant rompu, on y substitua une planche, le premier qui passa tomba dans le fossé de trente pieds de profondeur et se tua sur le coup. Maillard passa le second, et sans hésitation, sans vertige, il atteignit l’autre bord. On l’a revu au 5 octobre, comme il faisait la conduite des femmes, ne permettant sur la route ni pillage ni désordre ; tant qu’il fut à la tête de cette foule, il n’y eut aucune violence. Son originalité, c’était dans les plus tumultueux mouvements, de conserver des formes régulières et quasi légales. Le peuple l’aimait et le craignait. Il avait près de six pieds ; sa taille, son habit noir, honnête, râpé et propre, sa figure solennelle, colossale, lugubre, imposaient à tous.

Maillard voulait le massacre, sans nul doute ; mais, homme d’ordre avant tout, il tenait également à deux choses : 1° à ce que les aristocrates fussent tués ; 2° à ce qu’ils fussent tués légalement, avec quelques formes, sur l’arrêt bien constaté du peuple, seul juge infaillible.

Il procéda avec méthode, se fit apporter l’écrou de la prison et, sur l’écrou, fit les appels, de sorte que tous comparussent à leur tour. Il se composa un jury, et il le prit non parmi les ouvriers, mais parmi des gens établis, des pères de famille du voisinage, des petits marchands. Ces bourgeois se