Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/329

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de justice et de vérité, et s’embrasser les uns les autres.

Non, ces accusations ne furent point méritées. Tous furent, nous le jurons, d’excellents citoyens, d’ardents amis de la patrie. Ce fut généralement l’amour jaloux, terrible, qu’ils avaient pour la république qui les jeta dans ces voies d’accusations injustes et d’extermination. Ils haïrent parce qu’ils aimaient trop.

Le temps est venu, qui a révélé, expliqué, — et l’histoire mieux connue, — et le grand juge, la Mort !

Il n’y a pas eu un traître dans toute la Convention. La république n’y eut pas un ennemi.

Il n’y eut jamais une Assemblée plus désintéressée, plus sincère. La peur, la haine, eurent action sur beaucoup de ses membres, l’intérêt sur aucun. Sauf deux ou trois voleurs, connus, punis, tous sont morts purs et pauvres.

Quoi que la violence, la fureur, l’entraînement d’une situation unique, aient pu leur faire commettre, il reste à chacun d’eux, pour dernier jugement de l’histoire, le mot que, dans les guerres des Suisses, disait sur Zwingle mort un de ceux qui l’avaient tué : « Ah ! tu fus un homme sincère, tu aimas la patrie. »

Contenons-nous ici, mettons un sceau sur notre cœur et défendons-lui de parler. Nous devons ce respect à tant d’hommes héroïques de ne point déplorer leur sort, de leur donner une histoire virile