Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/335

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salle ; un pesant magnétisme de tous sur tous planait, serrant chaque poitrine, troublant les têtes, remplissant les yeux d’illusions.

Cette Assemblée, d’avance si profondément divisée, avait pourtant un principe d’union, celui même dont elle était née, le principe du 10 août. Elle apportait cette pensée : Que la France était définitivement majeure ; que sa vieille tutrice, la royauté, était à jamais déchue, comme complice de l’ennemi ; que tout roi était impossible, qu’il n’y avait de roi que le peuple.

Il n’y avait pas à disserter, à raisonner là-dessus. La Convention avait conscience du terrible mouvement dont elle sortait, du volcan de colère qui l’avait lancée à Paris. Quelques pouvoirs qu’elle eût reçus, elle ne tomba pas dans l’idée dangereuse de se déclarer souveraine ; elle annonça modestement qu’elle n’imposait pas une constitution au peuple, mais la lui proposait.

Tout ce qui, de près ou de loin, pouvait ressembler à la royauté, eût violemment soulevé le sentiment national. La Convention écarta avec mépris l’ineptie de Manuel qui proposait de donner au président de l’Assemblée des honneurs quasi royaux. Elle applaudit ces paroles d’un de ses membres : « La France a déjà fait connaître sa volonté en envoyant ici deux cents membres de l’Assemblée législative qui ont fait serment de combattre les rois et la royauté… Non, il n’y aura pas de président de la France ! »