Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/342

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quait sa limite ; son principe, le droit de l’homme à se gouverner librement lui-même ; sa limite, le droit de l’homme à garder les fruits de sa libre activité.

Entre la liberté et la propriété nulle contradiction sérieuse, la propriété n’étant rien que la consécration des fruits de l’activité libre. Et toutefois l’apparente opposition de ces idées faisait le danger de la France, créait deux partis. Tel craignait pour la liberté, tel pour la propriété. Ces deux pensées divisaient, par un malentendu funeste, et la France, et la Convention, image de la France. Tous, aveugles autant que sincères, allaient lutter, lorsqu’ils étaient d’accord. Danton, au premier jour, proposait de décréter cet accord, consacrant à la fois les deux principes dans une simple formule qui contenait la paix.

Et cette formule de paix, offerte aux partis acharnés, tirait une force particulière de la bouche qui la prononçait. C’était l’homme qu’on regardait comme l’orage même et le génie des tempêtes, qui venait, au moment où le vaisseau était relancé à la mer, jeter, fixer dans le granit les deux ancres invincibles auxquelles s’est tenue la France.

Les partis se caractérisèrent à l’instant même. Deux réclamations s’élevèrent en sens inverse.

Au côté gauche, le dictateur financier de la Révolution, Cambon, dit qu’il eût mieux aimé que Danton se bornât à sa première proposition, qu’il établît seulement le droit du peuple à voter sa constitution.