Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/40

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canons et tirèrent à brûle-pourpoint deux coups à mitraille. Les soldats rentrèrent sans attendre un second coup, laissant leurs blessés et sans doute un peu surpris de trouver vivante à ce point l’insurrection qu’ils croyaient avoir tuée. Les fédérés et Saint-Antoine avancèrent au pas de charge et remplirent deux des trois cours : la cour Royale ou du centre, et celle des Princes, voisine du pavillon de Flore et du quai. Les sections venues par le Louvre avaient rempli le Carrousel, bien moins grand à cette époque ; elles poussaient les premiers venus et, tant qu’elles pouvaient, fonçaient dans les cours. L’immense et sombre façade, par ses cent fenêtres, scintillait d’éclairs. Outre tous les feux de face, les gentilshommes, à l’affût aux fenêtres du pavillon de Flore et de la grande galerie du Louvre, tiraient sur le flanc. Derrière le pavillon de l’Horloge, sous le réseau de feux croisés qui retardaient les assaillants, restèrent fermes les grenadiers suisses, qui répondaient par des salves aux tirailleurs de l’insurrection. Le temps était calme, la fumée fort épaisse ; il n’y avait pas un souffle d’air pour la dissiper ; on tirait comme dans la nuit, chose contraire aux assaillants ; ils distinguaient peu les fenêtres, leurs coups allaient frapper les murs. Au contraire, leurs ennemis, visant des murailles vivantes, je veux dire des masses d’hommes, n’avaient que faire de tirer juste ; chaque coup tuait ou blessait. Las de recevoir sans donner, des fédérés, au milieu d’une grêle de balles, mirent en batterie, à la grande porte,